1, 2, 3, sciences toute une histoire

1, 2, 3, sciences, toute une histoire

Rien dans mon environnement ne me prédisposait à “faire des sciences“. Aucun scientifique dans mon environnement familial. De plus j’étais une fille. Et pour tout dire, il n’y avait qu’une seule Math’Élem’ féminine à Cannes : 24 filles en tout et pour tout, pour 60 000 habitants.

Alors pourquoi les sciences ? C’est comme souvent une histoire qui remonte à l’enfance. Le monde des émotions me paraissait trop instable et pour me sentir plus sûre dans mes rapports avec les autres, je ressentais le besoin de m’appuyer sur “le réel“, “les faits“.

Malheureusement les cours de Physique-Chimie ne commençaient qu’en Seconde.  L’enseignante au Lycée a sûrement orienté ma trajectoire de scientifique vers les phénomènes, les situations de la vie quotidienne. Elle y prenait ses exemples, nous racontait des souvenirs de sa vie “à la campagne“. Je me rappelle très précisément qu’elle nous avait parlé de l’étameur qui passait dans son village… et bien d’autres choses.

Puis à la Fac de Sciences de Nice, toute neuve, nos profs à peine plus âgés que nous faisaient cours avec la collection des “Berkeley“ ou les “Feynman’s Lectures on Physics“, très innovants. Ces ouvrages tout droit venus de Californie stimulaient l’imagination, développaient le sens “physique“ et lâchaient prise sur l’aspect “formules et équations“ qui camoufle si souvent la réalité des phénomènes. Tout un nouveau monde nouveau comparé aux Cours de “Bruhat“ (écrits avant 1940) qui “nourrissaient“ encore l’Université Française en 1965.

Pendant mes études universitaires, il y a eu Mai 68… Un soir, dans un amphi de la Fac, l’équipe éducative de l’École Freinet de Vence (toute proche, mais dont je n’avais jamais entendu parler) est venue nous présenter une manière différente “de faire l’école“. Une révélation : d’autres façons de faire étaient possibles !

Quand j’ai été moi-même enseignante au Lycée, mes enfants ont fréquenté une École Nouvelle. Je suis intervenue auprès des élèves, de la Maternelle au CM2, pendant 18 ans, seule ou avec 3 autres “parents-scientifiques”. Pour mes activités hebdomadaires avec des groupes “décloisonnés“ d’enfants, j’arrivais avec “mon sac à malices“ qui contenait un jour une bouilloire électrique, une autre fois la planche à roulettes empruntée à mes enfants, ou encore des élastiques, des lampes orientables, que sais-je ? mais toujours du matériel trouvé chez moi ou dans un supermarché.

Avec les plus jeunes, nous n’écrivions pas : c’était encore pour eux un exercice à part entière. Mais ils repartaient, après une séance de trois quarts d’heure, avec “la petite phrase” que nous avions formulée ensemble, qui résumait l’objectif et le résultat de l’atelier, et un objet tout simple, fabriqué ensemble, support de mémorisation. Dans les jours qui suivaient, ils le montraient à leur classe en expliquant son fonctionnement et en répondant aux questions que les autres élèves leur posaient. Et ça marchait ! J’ai été bien surprise quand des parents m’ont raconté comment leur enfant était rentré de l’école en leur demandant de fabriquer l’objet de la semaine avec lui… alors qu’il n’avait pas participé à l’atelier.

Comme “parents scientifiques“, nous avons aussi animé des Grands Projets scientifiques avec des groupes du cycle 3 (15 à 20 élèves), pendant deux trimestres à raison d’une ou deux demies journées par semaine. Pour en savoir plus sur cette démarche d’apprentissage scientifique, vous pouvez lire l’article en page 2 de L’agitateur n°1 : “Les sciences à l’École Nouvelle d’Antony”.

Au bout de ces années, je me suis rendue compte que cette expérience bénévole était plus “importante“ que mes cours aux promotions de lycéens scientifiques que j’avais conduites au Bac, car elle était inédite : elle était ancrée dans le quotidien et s’adressait à de (très) jeunes enfants. Au cours de ma seconde “mi-temps professionnelle“ j’ai essayé de diffuser l’idée que les sciences, ça intéresse tout le monde quand elles mettent en questions et en réponses le monde qui nous entoure. Pourtant, même en utilisant cette approche j’ai toujours veillé à être rigoureuse du point de vue scientifique. Ce n’est pas incompatible !

J’ai pu mettre ces convictions à l’œuvre comme professeur d’IUFM, puis à la Faculté des Sciences d’Orsay (en Licence Pluridisciplinaire), enfin comme formatrice (adultes) pendant une quinzaine d’années dans le cadre de l’association 1, 2, 3, sciences que j’ai créée en 1999.

Ce fut une nouvelle aventure collective passionnante, partagée avec de nombreuses personnes : à titre personnel dans le cadre de notre association, où nous avons convié un public de tous âges et d’horizons très variés à pratiquer la sciences et à réfléchir à sa transmission au cours de Fol’s Après-Midis, de F’ESTIVALes ou de T’ de sciences ; dans le cadre de l’Éducation Nationale ainsi qu’en entreprise, par exemple avec Bayard Presse. Ces différentes rencontres scientifiques ont duré pendant près de 15 ans : de l’intervention ponctuelle au suivi sur des périodes d’une à plusieurs années.*

Ensemble, accompagnés et accomp-animateurs, nous avons forgé nos convictions, créé et mis au point des outils. Nous avons élaboré les démarches spécifiques de 1, 2, 3, sciences aussi bien du point de vue pédagogique que didactique : en particulier le débat qui permet d’élaborer avec des mots la Conclusion Locale Provisoire (CLP) à partir des observations de l’expérience. Toutes ces avancées ont été possibles parce que nous avons mis en commun notre vécu des sciences et que chacun a apporté sa pierre, sans idées préconçues.

Ce site est la mémoire de ce travail collectif et il en montre la richesse. Nous avons pensé qu’il pouvait avoir du sens, être utile et utilisable… et pérenne. Nous souhaitons qu’il vous donne beaucoup d’idées et d’envies !

 Marima Hvass-Faivre d’Arcier

J’ai reçu en 2013 les insignes de l’Ordre National du Mérite pour mon engagement associatif, scientifique… et féminin.
Je suis auteur ou co-auteur dans plusieurs collections d’ouvrages pour les jeunes enfants, les élèves de l’École Élémentaire et leurs enseignants, aux éditions Centurion-jeunesse, Magnard Sciences, Pemf Cahiers de sciences et Bayard-Presse. Une trentaine d’ouvrages en 4 séries principales, les derniers datent de novembre 2008 et mars 2009. Vous pouvez en télécharger certains ou en lire des passages dans notre rubrique (Res)sources et inspirations.

 

* Dans Histoires vécues et Expériences à vivre, vous trouverez des expériences et des témoignages de différentes personnes qui ont participé aux activités de 1, 2, 3, sciences et ont mis en pratique notre démarche.