La CLP : de quoi s’agit-il ?

La Conclusion Locale Provisoire

De quoi s’agit-il ?

La Conclusion Locale Provisoire ou CLP, est la trace à laquelle parvient un groupe de personnes, enfants ou adultes,
après un débat à partir d’observations et d’expériences faites en commun, un jour donné.
Ce savoir scientifique, aussi petit soit-il, est l’aboutissement de la démarche que l’on a faite et lui donne son sens..

La CLP, de quoi s’agit-il au juste ?
Elle a une place centrale dans l’association 1, 2, 3, sciences

La CLP, la Conclusion Locale Provisoire, est la généralisation à laquelle parvient un groupe de personnes, enfants ou adultes, à partir d’observations et d’expériences mises en commun. Aussi petite soit-elle, elle est l’objectif à atteindre au cours d’une démarche scientifique.

Le groupe en décide les termes : la CLP doit être comprise par tous ceux qui y ont participé ; elle doit refléter la pensée de chacun, qui doit en retour pouvoir l’assumer. Les participants discutent, argumentent pour que tous les aspects observés au cours de l’expérience soient bien pris en compte, que le résultat ne soit pas biaisé, et pour cela la parole de chacun est prise en compte, mais aussi confrontée à la réalité.

C’est une puissante école de réflexion, d’écoute, d’argumentation, d’expression. Après avoir fait ensemble les expériences, après avoir réfléchi en son for intérieur, et en écoutant ce qui se dit, on ne peut s’empêcher de participer activement à cette élaboration.

J’ai pu observer cela avec des groupes très différents, d’enfants –même de Petite Section ! – d’adultes, scientifiques ou non. Car à ce moment-là la question n’est plus de trouver la “bonne” réponse, de deviner la réponse juste que le Maître attend, comme cela est si souvent le cas, mais de généraliser de manière pertinente ce qu’on a tous observé. Il s’agit de décrire, de parler, de tirer des conséquences de ce vécu commun.

Mais en quoi est-ce scientifique ?
Pour vous, qu’est-ce qui caractérise la science, ou une démarche scientifique ?

Le thème, le sujet du travail ? Sa rigueur, la précision ? Ou bien le vocabulaire employé ? Le matériel utilisé pour les expériences ou le fait de faire des mesures ? La formulation d’hypothèses, ou l’acquisition de connaissances ? Aucune de ces propositions, seule ou associée à d’autres, ne permet de définir une démarche scientifique ! Il faut pouvoir dire pourquoi on l’a fait, à quoi cela va-t-il servir, ce que l’on en attend.

Il faudrait se demander, en effet, à quoi nous servent les sciences en tant qu’humains. Nous nous rendons bien compte qu’il est vital pour nous de maîtriser notre relation avec ce monde qui nous entoure : connaître à l’avance les conséquences possibles d’une situation s’avère très utile. L’objectif de la science est de nous donner des moyens pour prévoir et anticiper.

C’est justement ce que nous, petits ou grands, faisons à l’aide de démarches scientifiques, plus ou moins délibérées, au cours desquelles nous utilisons notre expérience et celle des autres.

On peut considérer la CLP comme la version au quotidien, par le “commun des mortels”, du travail des scientifiques dans leurs laboratoires quand ils essaient de construire des modèles, des lois scientifiques. L’élaboration d’une généralisation réutilisable, “loi” scientifique ou CLP plus modeste, signe la démarche de la science !

Mais comment faire pour savoir si notre CLP est “juste” ?
On ne peut tout de même pas apprendre des choses fausses aux enfants !

Viser l’élaboration d’une Conclusion Locale Provisoire permet de se dégager du carcan du “savoir savant”et développe l’autonomie par rapport à celui-ci. Pour autant il n’est pas question de valider “n’importe quoi”. Aussi le rôle du Maître, surtout au début de cet apprentissage, est-il de développer l’esprit critique dans un rapport constant avec ce qui a été observé : “Est-ce bien ce que vous avez vu ? Etes-vous tous d’accord ? Si tu n’es pas d’accord, quel argument peux-tu avancer ?”. Et là on s’aperçoit que ce ne sont pas toujours les minorités qui doivent “plier” devant la loi du plus grand nombre.

“Est-ce toujours ce qu’on observe ? Comment pourrait-on préciser ce que nous avons fait ?” En effet, les écarts entre la conclusion à laquelle le groupe parvient et le savoir des livres et autres expertises, tiennent souvent aux conditions expérimentales, d’où l’intérêt de les préciser explicitement dans la CLP.

J’ai pu observer que rapidement les élèves critiquent leurs CLP de façon pertinente, constructive et que l’énoncé de la généralisation à laquelle ils aboutissent, s’il reflète une situation “locale” et explicitée, n’en est pas moins cohérent et valable : après tout, un groupe d’une vingtaine d’individus, même très jeunes, ne valide pas d’affirmations contraires à ce qui a été observé. Et puis cette conclusion locale est aussi provisoire, cela signifie qu’elle a vocation à évoluer : elle va s’affiner, se préciser peu à peu, parfois sur des années, grâce d’une part aux nouvelles expériences vécues, d’autre part, aux compétences et aux savoirs acquis par les enfants.

Cela se passe de la même façon dans les laboratoires !

 


Il ne peut y avoir de démarche scientifique sans CLP. Chaque Conclusion Locale Provisoire est à la fois la finalisation d’une recherche, d’une réflexion et un tremplin vers de nouvelles découvertes. Elle participe à la construction du Savoir.